Rome 2009
Résidence à l'atelier Wicar.
Soutien de la ville de Lille
L’œuvre photographique de Franck Bernhard – il est aussi vidéaste et dessinateur - se caractérise notamment par des séries exécutées à l’insu de ses sujets. Qu’il s’agisse de son travail sur le site du Cap Blanc-Nez ou celui réalisé à Rome, l’artiste se passionne pour les lieux touristiques où se croisent sans réellement se rencontrer des individus issus parfois de différentes nationalités, seuls, en familles ou en groupes.Les cadrages de ses photographies accentuent le sentiment d’errance, voire de désarroi, de ses sujets. Six portraits sur fond gris d’individus inconnus, semblant ignorer la présence de l’appareil photo. C’est, à première vue, ce que l’on perçoit de l’œuvre de Franck Bernhard. De dimensions variables, la série est à l’origine composée de plus de quatre-vingt-dix photographies parfois présentées en petits groupes. Au départ, l’idée de l’artiste était de continuer ses recherches débutées avec la série Passages sur la transcendance et la spiritualité dans une ville au capital culturel et religieux aussi important. Cependant, Franck Bernhard s’est vite heurté à l’omniprésence de la foule dans ce contexte urbain et touristique, pour admettre qu’il lui était impossible de parler d’élévation spirituelle dans un contexte urbain de foule. Alors, puisque touristes et habitants semblent avoir envahi Rome, il décide de les capturer eux, afin de donner un autre regard sur la ville. L’artiste choisit alors d’opérer sur la fameuse Piazza di Spagna, située au coeur de Rome au carrefour de deux rues commerçantes. Pourtant, de ce lieu atypique, les photographies ne montrent rien de reconnaissable. Le choix a été fait de se placer devant un bâtiment en construction, gris, uni et sans détails. L’endroit est avant tout le théatre d’un flux, celui du tourisme et de sa saveur cosmopolite. L’artiste y photographie des gens de tous horizons, qui passent par là. Le spectateur peut s’interroger sur ces individus qui semblent extraits de leurs contextes. Presque tous en lunettes de soleil, le nez en l’air, sans lien apparent entre eux, ils semblent pour la plupart ne pas avoir conscience du photographe. Le fond et l’attitude des personnages font penser à des portraits posés en studio, mais il n’en est rien: l’artiste photographie sur le vif avec un petit appareil photographique numérique de poche, afin d’assurer la plus grande discrétion. Il s’agit de portraits volés, les sujets n’ont pas conscience d’être capturés. Il effectue ainsi un pied de nez à la tradition photographique du portrait: chaque cadrage est différent, tantôt plan américain, tantôt plan poitrine... Confronté pour la première fois à la photographie en milieu urbain, l’artiste fait de la photographie de rue un trompe-l’œil, nous faisant nous questionner sur la nature même de l’œuvre. L. G.-B. /R. G.